Louis de Bonald (1754 – 1840) est l’un des principaux théoriciens de la contre-révolution française. Philosophe et homme politique, il développe une pensée structurée autour de l’autorité, de la tradition et du rôle fondateur de la religion dans l’ordre social.
Né à Millau, témoin direct de la Révolution, il choisit l’exil avant de revenir en France sous l’Empire puis la Restauration. L’événement révolutionnaire marque profondément sa réflexion : il y voit la conséquence d’une erreur philosophique plus ancienne, celle qui prétend fonder la société sur la seule volonté individuelle.
Pour Bonald, la société ne résulte pas d’un contrat entre individus. Elle précède l’individu et le forme. La famille, le langage, l’autorité politique procèdent d’un ordre qui dépasse les volontés particulières. Cette conception organique l’inscrit dans une lignée que Joseph de Maistre incarne avec plus d’ardeur polémique, tandis qu’Antoine Blanc de Saint-Bonnet en prolongera la rigueur doctrinale au siècle suivant.
Sa réflexion sur le langage occupe une place centrale : la parole n’est pas une invention humaine arbitraire, mais le signe d’une origine supérieure. Ainsi, la philosophie politique rejoint chez lui une théologie implicite de la création et de la transmission.
Face aux Lumières et à l’individualisme moderne, Bonald oppose une vision hiérarchique et structurée de la société. Son influence sera déterminante sur l’ensemble de la tradition catholique contre-révolutionnaire, jusqu’à Donoso Cortès et, indirectement, Léon Bloy.