Anaximandre de Milet appartient aux premiers penseurs de la tradition grecque. Disciple de Thalès, il est l’un des premiers à avoir cherché le principe de toutes choses non dans le mythe, mais dans une réalité intelligible.
Né au début du VIᵉ siècle avant notre ère, dans la cité ionienne de Milet, il propose une thèse audacieuse : l’origine du monde n’est pas un élément déterminé — ni l’eau, ni l’air, ni le feu — mais l’apeiron, l’« indéfini » ou l’« illimité ». Ce principe premier n’est pas une substance parmi d’autres ; il est ce dont procèdent toutes les choses et où elles retournent selon une nécessité.
Dans le fragment conservé de son œuvre, Anaximandre affirme que les êtres « se rendent justice et réparation les uns aux autres selon l’ordre du temps ». L’apparition et la disparition ne sont pas arbitraires : elles obéissent à une loi. Ainsi naît, avec lui, une première tentative pour penser le cosmos comme ordre.
Son geste inaugure une interrogation qui traversera toute la philosophie grecque. Héraclite et Parménide radicaliseront chacun à leur manière la question de l’être et du devenir. Plus tard, Platon inscrira cette recherche du principe dans une architecture métaphysique plus explicite.
Il ne reste d’Anaximandre qu’un court fragment et quelques témoignages. Pourtant, dans cette parole brève se joue quelque chose d’essentiel : le passage du récit mythique à la recherche rationnelle d’un fondement. La question de l’origine, posée avec gravité, commence ici à se formuler en termes philosophiques.