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Jules Barbey d’Aurevilly (1808 – 1889) est l’une des grandes figures de la critique littéraire au XIXᵉ siècle. Écrivain, polémiste, styliste d’une rare intensité, il fait de la critique un acte de fidélité et de combat.
Né en Normandie, dans une France encore travaillée par les secousses révolutionnaires, Barbey s’inscrit dans la lignée de Joseph de Maistre et de Louis de Bonald. Comme eux, il refuse l’illusion d’une modernité autosuffisante. Mais son terrain n’est pas d’abord la politique : c’est la littérature.
Dans Les Prophètes du passé et dans ses nombreux articles, il défend des auteurs qu’il estime méconnus ou trahis par leur temps. Sa lecture de Pascal, par exemple, ne relève pas de l’érudition distante : elle cherche à restituer une grandeur spirituelle que le rationalisme moderne tend à réduire. Barbey se méfie des systèmes philosophiques et de l’esprit d’abstraction. À ses yeux, la vérité d’un écrivain se reconnaît à la profondeur de son regard sur l’âme et sur le mal.
Sa critique ne consiste pas à distribuer des louanges ou des blâmes. Elle vise à discerner. Elle protège le génie contre l’égalisation des talents. Elle affirme qu’une œuvre engage une vision du monde.
Parmi les hommes d’Église qui comptèrent dans la vie spirituelle de Barbey d’Aurevilly figure l’abbé René Tardif de Moidrey, qui fut son confesseur et pour lequel l’écrivain éprouvait une profonde vénération. Proche également de Léon Bloy, ce prêtre relie ainsi plusieurs grandes figures du renouveau catholique du XIXe siècle.
Par son exigence et par la force de son style, Barbey exerce une influence décisive sur Léon Bloy, qu’il encourage et forme à ses débuts. Tous deux partagent la conviction que la littérature ne peut être séparée d’un ordre spirituel.
Les Historiens rassemble des études critiques de Jules Barbey d’Aurevilly consacrées à plusieurs grandes figures de l’histoire et de l’historiographie du XIXᵉ siècle. Fidèle à sa manière, Barbey ne se contente jamais de rendre compte des ouvrages : il juge les auteurs, leur style, leur méthode et surtout leur conception de l’histoire. Sous sa plume, la critique littéraire devient ainsi une véritable réflexion sur la manière dont une époque comprend et raconte son passé.
Barbey confronte les historiens à ses propres convictions religieuses, politiques et esthétiques, sans chercher à dissimuler ses partis pris. Il se montre tour à tour admiratif, ironique ou férocement polémique, transformant chaque étude en portrait intellectuel. L’histoire devient chez lui un terrain où s’affrontent différentes conceptions de l’homme, de la société et de la Providence. Ses analyses permettent également de découvrir les grands débats historiographiques qui traversent le XIXᵉ siècle. Sa grande critique d’Hippolyte Taine, par exemple, historien matérialiste, fait apparaître en contre point la vision de Joseph de Maistre de la révolution. Les Historiens offre ainsi autant un panorama critique de l’histoire au XIXᵉ siècle qu’un remarquable aperçu de la pensée de Barbey lui-même.