Jules Barbey d’Aurevilly (1808 – 1889) est l’une des grandes figures de la critique littéraire au XIXᵉ siècle. Écrivain, polémiste, styliste d’une rare intensité, il fait de la critique un acte de fidélité et de combat.
Né en Normandie, dans une France encore travaillée par les secousses révolutionnaires, Barbey s’inscrit dans la lignée de Joseph de Maistre et de Louis de Bonald. Comme eux, il refuse l’illusion d’une modernité autosuffisante. Mais son terrain n’est pas d’abord la politique : c’est la littérature.
Dans Les Prophètes du passé et dans ses nombreux articles, il défend des auteurs qu’il estime méconnus ou trahis par leur temps. Sa lecture de Pascal, par exemple, ne relève pas de l’érudition distante : elle cherche à restituer une grandeur spirituelle que le rationalisme moderne tend à réduire. Barbey se méfie des systèmes philosophiques et de l’esprit d’abstraction. À ses yeux, la vérité d’un écrivain se reconnaît à la profondeur de son regard sur l’âme et sur le mal.
Sa critique ne consiste pas à distribuer des louanges ou des blâmes. Elle vise à discerner. Elle protège le génie contre l’égalisation des talents. Elle affirme qu’une œuvre engage une vision du monde.
Par son exigence et par la force de son style, Barbey exerce une influence décisive sur Léon Bloy, qu’il encourage et forme à ses débuts. Tous deux partagent la conviction que la littérature ne peut être séparée d’un ordre spirituel.