Pierre Kropotkine (1842 – 1921) est l’une des grandes figures de l’anarchisme moderne. Géographe, naturaliste et théoricien politique, il développe une pensée fondée sur la coopération volontaire et la critique radicale de l’État.
Né dans une famille aristocratique russe, il rompt avec son milieu pour s’engager dans les mouvements révolutionnaires. Ses recherches scientifiques, notamment en Sibérie, nourrissent sa réflexion sociale. Dans L’Entraide, il conteste une lecture simplifiée du darwinisme social et affirme que la coopération joue un rôle décisif dans l’évolution des sociétés humaines.
Sa pensée s’inscrit dans le dialogue — et la divergence — avec Karl Marx. S’il partage avec lui la critique du capitalisme et des inégalités industrielles, il refuse toute centralisation du pouvoir révolutionnaire. Là où le marxisme envisage une phase de dictature du prolétariat, Kropotkine défend une organisation fédérative, décentralisée et libre.
Exilé, emprisonné, engagé dans les débats de son temps, il assiste aux bouleversements qui conduisent à la révolution russe. Son anarchisme se distingue par son insistance sur l’éthique de la solidarité plutôt que sur la prise du pouvoir.
La question révolutionnaire, que Simone Weil analysera plus tard avec lucidité et distance critique, trouve chez Kropotkine une réponse confiante dans la spontanéité des communautés humaines.
Pierre Kropotkine demeure ainsi une figure centrale de la tradition libertaire, attachée à penser la justice sociale sans autorité coercitive et la transformation du monde sans hiérarchie imposée.