Saint Augustin naît en 354 à Thagaste, dans l’actuelle Algérie, au sein d’une famille de la petite bourgeoisie provinciale romaine. Son père, Patricius, demeure longtemps païen, tandis que sa mère, sainte Monique, l’élève dans la foi chrétienne et ne cessera de prier pour sa conversion. Élève brillant, Augustin étudie la grammaire et la rhétorique à Carthage, où il mène une jeunesse passionnée, partagée entre l’ambition intellectuelle, les plaisirs et la recherche inquiète de la vérité.
La lecture de l’Hortensius de Cicéron éveille en lui l’amour de la philosophie. Insatisfait par une première approche des Écritures, dont le style lui paraît trop simple, il adhère pendant plusieurs années au manichéisme, doctrine qui oppose radicalement le bien et le mal. Il s’en éloigne progressivement, déçu par ses réponses, et traverse une période de scepticisme.
Devenu professeur de rhétorique, Augustin quitte l’Afrique pour Rome, puis Milan. Il y rencontre saint Ambroise, dont la prédication lui révèle que la Bible peut être comprise au-delà de son sens littéral. Il découvre également les philosophes néoplatoniciens. À travers eux, il retrouve certaines intuitions de Platon : le monde visible ne se suffit pas à lui-même, l’âme doit s’élever vers une réalité intelligible, et le vrai bonheur réside dans la contemplation du Bien.
Le platonisme aide Augustin à concevoir Dieu comme une réalité spirituelle et immuable, mais il ne peut lui donner ce qu’il trouve dans le Nouveau Testament : un Dieu qui entre dans l’histoire, se fait homme en Jésus-Christ et vient sauver une humanité incapable de se délivrer par ses seules forces. La lecture des épîtres de saint Paul joue un rôle décisif dans sa conversion. En 386, bouleversé dans un jardin de Milan, Augustin entend une voix d’enfant lui dire : « Prends et lis. » Il ouvre alors l’Épître aux Romains et décide de rompre avec son ancienne vie. Il est baptisé par saint Ambroise durant la nuit de Pâques 387.
De retour en Afrique, Augustin devient prêtre, puis évêque d’Hippone. Pendant près de quarante ans, il prêche, commente les Écritures et combat les grandes controverses de son époque. Dans les Confessions, il raconte moins sa vie extérieure que le chemin intérieur par lequel Dieu l’a conduit. Dans La Cité de Dieu, il médite sur l’histoire, la politique et la destinée des sociétés après le sac de Rome. Ses traités sur la Trinité, la grâce, la liberté et le temps exerceront une influence immense sur toute la pensée occidentale.
Saint Thomas d’Aquin héritera profondément de saint Augustin, tout en intégrant davantage la philosophie d’Aristote. Tous deux cherchent à unir la raison et la foi, mais Augustin insiste plus fortement sur l’intériorité, l’illumination divine et la dépendance de l’homme envers la grâce. Saint Thomas donnera plus tard une forme systématique à de nombreuses questions déjà présentes chez l’évêque d’Hippone.
À la rencontre de Platon et du Nouveau Testament, Augustin transforme la philosophie antique en une méditation chrétienne sur le désir, la mémoire, le mal et la grâce. Son œuvre entière repose sur une conviction : le cœur humain cherche Dieu même lorsqu’il l’ignore, et aucune réalité terrestre ne peut apaiser entièrement son inquiétude.